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Dossier Thomas Sankara et retour des exilés: Les envolées électoralistes du président Roch Marc Christian Kaboré

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Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré vient de s’offrir une tribune pour amadouer aussi bien ses compatriotes et l’opinion internationale à quelques jours des élections couplées du 22 novembre prochain. Face aux journalistes de RFI et France 24, le locataire de Kosyam s’est résolu à un profil bas sur certaines questions brulantes à savoir le retour des exilés notamment de l’ex-président Blaise Compaoré. En plus de dédire ses déclarations qui tonnent encore dans l’esprit de bien de Burkinabè sur ce préalable réclamé à cor et à cri par de nombreuses personnalités, le président Kaboré croit avoir trouvé là un fonds d’élections. 

A moins d’être devenu subitement amnésique, tout Burkinabè se souviendra de cette position maintes fois répétées du président Roch Marc Christian Kaboré sur le cas de son prédécesseur et plus proche collaborateur pendant vingt-sept (27) ans : « Il faut que Blaise Compaoré revienne et réponde de tout ce qu’on lui reproche devant la justice ». Cette posture jusqu’au-boutiste empreinte de vengeance et de haine a été reprise en refrain par le parti au pouvoir, Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) sous la houlette de Salif Diallo d’abord et Simon Compaoré ensuite.

C’est avec mépris que la situation de Blaise Compaoré et de tous les autres exilés est abordée à chaque fois par les bonzes du parti comme s’ils n’ont jamais été comptable de la gestion de l’enfant terrible de Ziniaré. Malgré les appels incessants du CDP et ses alliés à la réconciliation dont l’une des recommandations est de « favoriser le retour des exilés », le MPP et le Chef de l’Etat ont toujours campé sur leur position.

« Autres temps, autres mœurs ». C’est Roch Marc Christian Kaboré qui ne refuse plus la main tendue de Blaise Compaoré. Pis, il fait du retour de l’ex-président du Faso une promesse de campagne. Bien malin celui qui saurait justifier ce revirement spectaculaire si ce n’est l’enjeu des scrutins du 22 novembre qui commande de tels propos d’attrape-nigaud.

Sur la question du retour des exilés avec à leur tête l’ancien Chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré vient étonnamment d’emboîter le pas président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Eddie Komboïgo a constamment répété : « Une réconciliation véritable passe par le retour de Blaise Compaoré au pays ».

Sauf que l’adhésion tardive du candidat MPP à cette lucidité politique, en vue de ramener la quiétude et la sérénité au Faso, repose sur des promesses électoralistes : « Roch promet le retour des exilés s’il est réélu ». Ce retournement de veste spectaculaire relayé à la Une de L’’Observateur paalga du vendredi 16 octobre 2020 n’a pas laissé le journaliste d’investigation Ladji Yacouba Bama de Courrier Confidentiel sur sa page Facebook. « Tout électeur qui ne sait pas encore ce qu’on appelle insulter son intelligence, voilà çà », a-t-il ironisé. Il n’y a que les faibles d’esprit qui vont se laisser prendre dans cette surenchère politique.

Il n’y a pas un régime aussi mutant et fluctuant que celui du Président Roch Marc Christian Kaboré entretenu par le MPP. Dommage que de nombreux burkinabè sont tombés dans le panneau dès que « les soixante-quatorze (74) démissionnaires du 4 janvier 2014 » ont prétendu avoir fait leur mea culpa au point de s’absoudre tacitement de tout reproche de vingt-sept (27) ans et devenus subitement « saints et sains ».

Après avoir profité de la naïveté du Chef de file de l’Opposition politique (CFOP), poussé la Transition à une collusion pour accéder au pouvoir d’Etat, le MPP est en train de jouer dangereusement avec l’histoire sociopolitique du Burkina Faso. La conquête et la conservation du pouvoir d’Etat, dans un élan démagogique et populiste, amènent le régime actuel à brouiller des pistes et à insulter la conscience collective.

Le dossier Thomas Sankara pourrait certes aboutir à un jugement devant le tribunal militaire mais cet épisode crucial ne serait pas suffisant pour apaiser les cœurs. Déjà, en 2017, à l’occasion de la commémoration des trente (30) de l’assassinat du père de la Révolution, grand a été l’étonnement des contemporains de ce crime odieux de voir Roch-Salif-Simon s’afficher avec les irréductibles Sankaristes qu’ils ont combattu et réduit au silence pendant trois (3) décennies durant.

Pour justifier la tragédie du 15-Octobre, Salif Diallo n’a pas hésité à jeter à la face du monde en octobre 2007 pendant la célébration de « Vingt (20) ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré » dont il a été le président de la Commission Thème que « Ce n’est pas ceux qui font du bruit qui ont raison ». A l’opposé de cette grand’messe qui a vu le show de Blaise Compaoré avec plusieurs délégations venues des quatre coins du monde, les partisans de Thomas Sankara ont été poussés dans leur dernier retranchement : refus de diffuser les spots à la RTB et de mettre à disposition la maison du Peuple.

Roch Marc Christian Kaboré était président du CDP, Salif Diallo sherpa du boss et Simon Compaoré, maire de Ouagadougou. Il suffit aussi de ressasser l’histoire récente du pays des Hommes intègres pour se rendre à l’évidence du rôle joué par chaque membre de ce trio à travers ses propos et ses actes.

Des confrères de la radio nationale se rappellent avoir aperçu le 16 octobre 1987 Salif Diallo dans leurs locaux avec une kalachnikov en bandoulière. Non pas pour réclamer « Justice pour Thomas Sankara » mais pour « soutenir la fin de son régime ».

Aujourd’hui, c’est Gabriel Tamini qui est abandonné seul à son sort. Il en est de même pour l’assaut donné devant le rectorat de l’Université de Ouagadougou et qui a abouti à l’assassinat de Dabo Boukary.

De nombreux étudiants, encore en vie, se souviennent avoir vu l’ex-président du MPP et ancien président de l’Assemblée nationale sur les lieux avec les impitoyables commandos de Pô. D’ailleurs, la mention de cette phrase « Quand Salif arriva, tout se gata » dans l’article de Sidwaya à cet effet, a valu le dégagement de son rédacteur en chef d’alors, Justin Coulibaly. Ou encore, cette sortie de l’actuel président du Faso pour conforter Blaise Compaoré dans sa volonté de s’éterniser au pouvoir : « L’article 37 est anticonstitutionnel ».

Ce ne sont pas des spéculations. Ce sont des faits que tout quidam peut se remémorer. Maintenant, tous veulent se débarrasser de ce lourd héritage sur le seul Blaise Compaoré et ses derniers fidèles. C’est trop facile de venir, après qu’on ait été éloigné de la soupe, soutenir que : « Nous avons dîné avec le diable mais nous ne sommes pas le diable ».

Seuls des diablotins et des démons peuvent s’asseoir à la même table que le diable.  Pour paraphraser le pamphlet de Newton Ahmed Barry aux lendemains de l’assassinat de Norbert Zongo : « Le régime MPP peut ne pas être coupable mais il est complice ».

Bien que cette stratégie de déni de l’histoire semble payer en période électorale, force est de reconnaitre que la politique doit s’entourer d’une morale et ses acteurs ont l’obligation de faire preuve de conscience. Tout comme le dossier Thomas Sankara, celui des exilés représente actuellement un fonds de commerce en période électorale. Et c’est bien dommage ! Mais les Burkinabè ne sont pas des dupes.

Donatien FOFANA,

Pour NetAfrique.net

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