« Un attentat terroriste islamiste caractérisé » : c’est ainsi que, vendredi 16 octobre, Emmanuel Macron a qualifié l’attaque, dans l’après-midi, d’un professeur d’histoire-géo, décapité près de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). « Tous et toutes nous ferons bloc. Ils ne passeront pas. L’obscurantisme ne gagnera pas », a déclaré le chef de l’État, qui s’est rendu sur place dans la soirée, accompagné de plusieurs ministres. Un hommage national sera rendu à l’enseignant. Pour Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, qui devait recevoir samedi les représentants des personnels et des parents d’élèves sous le choc, « c’est la République qui est attaquée avec l’assassinat ignoble de l’un de ses serviteurs, un professeur ».

Depuis vendredi, et alors que le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, a prévu une conférence de presse dans l’après-midi de samedi, les circonstances de l’attaque se précisent. Vers 17 heures, vendredi, des effectifs de la brigade anticriminalité (BAC) de la ville sont appelés pour un individu suspect rôdant près du collège. Sur place, ils découvrent la victime et, 200 mètres plus loin, dans la commune voisine d’Eragny-sur-Oise (Val-d’Oise), tentent d’interpeller un homme armé d’un couteau. Ce dernier les menace, ils tirent et le tuent.

Ses parents, son grand-père et son petit frère sont rapidement arrêtés à Évreux (Eure), puis placées en garde à vue. Dans la nuit, cinq autres personnes sont interpellées, parmi lesquelles figure un père d’élève du collège qui avait eu un différend avec le professeur d’hsitoire-géo.

Caricatures de Mohammed

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’enseignant assassiné avait montré à ses élèves, quelques jours plus tôt, une caricature de Mohammed. Un signalement était parvenu à Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d’élèves, faisant état « d’un père extrêmement énervé ». Selon ce responsable, la victime aurait « invité les élèves musulmans à sortir de la classe » avant de montrer un dessin du prophète accroupi avec une étoile dessinée sur ses fesses et l’inscription « une étoile est née ».

On en sait également un peu plus sur le profil de l’assassin, un jeune homme de 18 ans, qui aurait crié « Allah Akbar » avant d’être abattu par les policiers. D’après les enquêteurs, il s’agit d’un jeune Russe tchétchène né à Moscou. Si ce dernier avait des antécédents de droit commun, son casier judiciaire était vierge et il n’était pas connu pour radicalisation, selon des sources proches du dossier.

Macron, « dirigeant des infidèles »

Les enquêteurs s’intéressent aussi à un message posté sur Twitter par un compte désormais fermé, montrant une photo de la tête de la victime sous laquelle Emmanuel Macron est qualifié de « dirigeant des infidèles ». On ignore encore si l’auteur, qui assure vouloir venger celui « qui a osé rabaisser Muhammad », est l’agresseur de l’enseignant.

Une enquête a été ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle » par le parquet national antiterroriste français. L’attaque de Conflans, qui a plongé la ville dans l’effroi, survient alors que se déroule le procès des assassinats à Charlie Hebdo en 2015, comme de l’Hyper cacher et de Montrouge, et, seulement trois semaines après l’attentat au hachoir perpétré par un Pakistanais de 25 ans devant leurs anciens locaux du journal.

« Ce sont les valeurs les plus fondamentales de la République qui sont touchées », a déclaré Jean Castex, samedi matin. Après la liberté de la presse et Charlie Hebdo, la liberté d’enseigner : bref, la République est visée », selon le chef du gouvernement, qui a fait part de sa « totale indignation » lors d’une réunion avec les syndicats enseignants au ministère de l’Éducation nationale.

La-croix.com