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Burkina Faso: Trente-trois ans après le 15 octobre 1987, Sankara vous parle…

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Le 15 octobre est une date marquée à l’encre indélébile dans l’histoire du Burkina. En effet, le 15 octobre 1987, le charismatique Thomas Sankara et douze de ses collaborateurs trouvaient la mort au sein du Conseil de l’entente. Son ami et frère d’armes Blaise Compaoré devient l’homme fort du Burkina. Sous son règne, ce jour devint « férié », chômé et payé. Mais cette mesure divisait plus qu’elle n’unissait les Burkinabè : en effet, alors que ce jour était pour les partisans de Blaise de « fêter » leur victoire, il était pour d’autres une date funeste, rappelant la douloureuse mort du capitaine-président Thomas Sankara et de ses douze compagnons. Finalement, le législateur a retiré cette date de la liste des jours chômés au Burkina. Mais voilà : bien que Blaise ne soit plus au pouvoir, le 15 octobre demeure ! C’est la preuve que cette date est plus liée à la mort du PF qu’au règne de Blaise. Aujourd’hui 15 octobre, ils sont encore très nombreux à se remémorer de triste anniversaire. Sankara, de l’autre côté, a bien voulu adresser un message à tous ses fans, à ses amis mais aussi à ses détracteurs. C’est ce que moi en tout cas j’ai vu en rêve la nuit dernière. Je raconte.

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Mes chers camarades,

Mes chers compatriotes,

Mes chers amis,

Chers tous,

Aujourd’hui encore plus qu’hier, vous êtes très nombreux à commémorer le triste anniversaire de ce jeudi 15 octobre.

Jeudi 15 octobre 1987, jeudi 15 octobre 2020, cela fait exactement trente-trois ans qu’a eu lieu la boucherie du Conseil de l’entente.

Le choc est allé au-delà du Burkina, de l’Afrique. Les anciens qui sont là peuvent en témoigner comme beaucoup l’ont déjà fait, à maintes reprises. Les jeunes d’aujourd’hui sont tous nés après la tragédie de ce 15 octobre, mais ils ont tous appris ce qui s’est passé. On a voulu me salir, mais plus de trente ans après ma mort, je suis plus que présent dans les cœurs.

Quel message vous livrer aujourd’hui ?

Je sais que vous vous sentez plis libres, plus libérés depuis le 31 octobre 2014. Car il fut un temps où c’était risqué de parler de moi ouvertement. Mais depuis plus de 5 ans, vous me portez partout.

Hier nuit, il s’est passé beaucoup de choses. Vous les jeunes, vous êtes nombreux à avoir veillé hier au mémorial portant mon nom. Vous y êtes allés pour écouter les témoignages de mes compagnons de lutte : les Boukary Kaboré dit le lion du Boulkiemdé, le bouillant (à l’époque) Daouada Traoré, Alouna Traoré, Abdou Salam Kaboré, mon pilote Blaise Sanou, Germaine Pitroipa, haut-commissaire sous la Révolution et bien d’autres.

Le mémorial qui a commencé à poindre sur le site où j’ai trouvé la mort est un endroit chargé d’émotion. Je me réjouis de ce projet de mémorial est en cours qui m’est dédié. Je me réjouis de tout ce que vous faites pour perpétuer ma mémoire. Je souhaite que la plus-value attendue profite à la jeunesse, à la nation entière.

On a fait naître un vocable à partir de mon nom ! le « sankarisme ». Pour coller au sens réel de ce mot, le sankarisme, ce n’est pas les mots pour les mots, qui pourraient engendrer des maux, le sankarisme c’est aussi et surtout les actes. Voyez ce que la Révolution accompli en quatre ans. Quatre petites années.

Nombreux sont ce qui me comparent à un prophète. Je suis simplement Thomas, le fils de Sambo et de Marguerite. Je constate seulement qu’il y a une diversité de sankaristes. Mon souhait est qu’ils dansent tous à l’unisson.

Revenant aux circonstances de ma mort, vous avez constaté que les lignes ont bougé. Je ne pense pas que la thèse de l’accident puisse tenir, pas plus que celle du complot dit de  20 heures. Le scénario de notre liquidation a été reconstitué par des témoins encore envie. Je laisse faire le temps et les hommes.

Au moment où vous me lisez, mon ami Blaise est en pleine cogitation. Diendéré, Hyacinthe Kafando, chacun réfléchit… Comme je vous l’avais dit dans mon message de l’an passé, Blaise et moi, nous sommes indissociables. Personne ne peut évoquer mon nom sans penser à Blaise et inversement. Nous avons été de très bons amis jusqu’à ce que le 15 octobre survienne. Mais comme vous le savez, on n’a jamais fini de connaître l’homme. Toutefois, des gens se rappellent les signes précurseurs montrant les velléités de mon ami à accéder au pouvoir suprême.

Il a été président, il a dit au départ qu’il était paludéen couché, qu’il n’avait jamais rêvé de pouvoir et qu’il ne s’y accrocherait pas. Mais la suite vous le savez.

Je félicite tous ceux qui ont été galvanisés indirectement par ma modeste personne les 30 et 31 octobre 2014. La ferveur sankariste était montée d’un cran.

J’ai une pensée pieuse à l’endroit de mes compagnons d’infortune : mon garde du corps Askia Sigué Vincent, le commandant Boukary Jean-Baptiste Lingani, le capitaine Henri Zongo, le lieutenant Kéré et tous les autres victimes du 27 octobre. Valère mon idéologue est là avec moi. Un homme valeureux, qui a souffert du fait qu’il fut un de mes proches collaborateurs. Je fais un clin d’œil à Bouba Diallo, ce traducteur hors pair que j’ai déniché à Orodara. J’aurais dû ne pas citer de noms, tellement qu’ils sont nombreux. Vous avez avec vous le colonel Abdou Salam Kaboré, le colonel Pierre Ouédraogo (le patron des fameux CDR), le colonel-major Bernard Sanou, le journaliste Jean-Hubert Bazié, « l’ambassadeur rebelle » Mousbila Sankara, etc.

Ma reconnaissance va à toutes ces personnes qui se battent pour m’immortaliser, oubliant mes défauts pour ne voir que mes qualités. Des qualités qui peuvent inspirer à bien faire. Ma reconnaissance va aussi à ces gens qui m’ont combattu hier, et qui me magnifient aujourd’hui.

À mes orphelins revenus de Cuba, je dis de tenir bon. Ils ont souffert à leur retour et beaucoup souffrent encore parce que simplement l’appellation qui leur colle à la peau est « les enfants de Sankara » ou encore « les orphelins de Sankara ». Quelle double peine : les six cents enfants que j’avais envoyés à l’île de la Jeunesse étaient tous orphelins, soit de père, soit de mère, ou des deux à la fois. J’étais leur père et quand ils ont appris ma mort, quelle ne fut leur consternation : jeunes qu’ils étaient, ils ont passé soixante-douze heures sans manger. Ils venaient d’être encore orphelins. Et une fois de retour au pays, on voyait à travers ses étudiants mon ombre, d’où toutes les milles et une difficultés qu’ils ont rencontré sur leur propre territoire, la terre de leurs parents…

Mes chers compatriotes, mes chers fans, mon message du jour va s’arrêter là. Je pourrais certainement vous revenir avec un autre message dans les prochains jours. En attendant, que vous tous qui vous réclamez de mon idéal le viviez tous les jours. Maintenant que Blaise n’est plus au pouvoir, que devez-vous faire ? L’essentiel n’est pas de s’être servi de mon nom pour chasser mon ami du pouvoir. L’essentiel est que vous incarniez les valeurs que j’ai toujours prônées. Écoutent les chansons de la Révolution. Par exemple, les gens chantaient : « Sankara n’est pas voleur,… jamais ! jamais !, c’est pourquoi nous le suivons, Révolution. » Le sankarisme ce n’est pas les mots… Et puis, voilà, ce jour 15 octobre 2020, l’université portant  mon nom à Ouagadougou sera inaugurée. J’ose espérer que les étudiants qui y sont me feront honneur…

Bonne commémoration du 15-Octobre.

Vive le Burkina Faso !

Vivent les patriotes !

La Patrie ou la Mort, nous vaincrons !

 

Les rêveries de Gnindé Bonzi

Fiction/Humour/Histoire

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