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Affi N’Guessan : « À cause de la dictature de Ouattara, je souscris à la désobéissance civile »

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Affi N’Guessan a animé une conférence de presse ce 22 septembre 2020, et s’est dit prêt à souscrire à la désobéissance civile.

Je vous remercie d’avoir répondu nombreux à mon invitation, en ces temps de menaces lourdes pour la paix civile, à laquelle nous sommes tous tellement attachés.

Je suis heureux de cette rencontre qui me donne l’occasion de m’adresser à nos concitoyens, à travers les médias que vous représentez.

Le 25 août dernier, lors d’une précédente rencontre, j’avais lancé un appel au rassemblement de toute l’opposition ; j’avais dressé devant vous le tableau de notre situation politique, un tableau sombre, inquiétant, qui imposait de la part de l’opposition une dynamique d’union à la hauteur de l’enjeu.

L’enjeu se résume en une alternative : l’affrontement ou la paix ; le risque d’une nouvelle guerre civile ou la chance donnée à la réconciliation.

C’est ainsi que se posent les termes du débat aujourd’hui dans notre pays. Alors, bien évidemment, l’heure ne peut pas être aux arrière-pensées, aux règlements de comptes, aux agendas cachés, aux exclusions, aux parcours solitaires.

Il faut être à la hauteur, faire preuve de cet esprit de responsabilité qui s’impose à chacun d’entre nous. Car je vous le dis avec une immense gravité : au-delà de nos personnes, par-delà nos différends et nos différences, il y a l’intérêt national. Et l’intérêt national doit primer sur toute autre considération.

C’est par notre unité, solide, loyale, dénuée d’arrière- pensées, qu’ensemble, nous pouvons imposer, nous allons imposer au président sortant un processus électoral ouvert, démocratique, inclusif, qui donne à chacun d’entre nous une chance de l’emporter.

Cette situation d’extrême gravité, Alassane Ouattara en porte l’entière responsabilité par sa farouche volonté de prendre le processus électoral en otage, pour se maintenir au pouvoir contre la volonté de tous.

Et pourtant, le 25 août dernier, j’avais appelé le Conseil Constitutionnel à privilégier le droit sur toute autre considération. J’avais formulé le vœu qu’il ne soit pas le détonateur d’une nouvelle guerre civile en Côte d’Ivoire. Je l’avais mis devant ses responsabilités. Je n’ai malheureusement pas été écouté. Il y a tout juste une semaine, le 14 septembre, une ligne rouge a été franchie.

Le Conseil Constitutionnel a rendu une décision qui le disqualifie, de manière totale, irrémédiable et définitive.

Il a trahi sa raison d’être : dire le droit et seulement le droit. Il a démontré qu’il n’était pas une instance impartiale, digne de confiance. Il s’est transformé en une simple courroie de transmission, une institution aux ordres, le bras armé d’un homme aux abois.

Dans sa composition actuelle, je lui récuse désormais toute légitimité, toute crédibilité pour proclamer des résultats loyaux et transparents lors de l’élection présidentielle du 31 octobre 2020.
La mascarade du 14 septembre 2020 s’est illustrée en réalité de trois manières :

D’abord, en entérinant ce que j’appelle depuis l’origine le coup d’Etat institutionnel que constitue la candidature du président sortant, au mépris de notre loi fondamentale dont il est le garant. Non, Alassane Ouattara ne peut pas être légalement candidat à un 3ème mandat. Brandir comme justification juridique ma mise en garde de 2016 devant cette forfaiture est tout simplement ridicule, risible et honteux.

Oui, en 2016, j’ai tiré sur la sonnette d’alarme. J’avais suspecté Alassane Ouattara de velléités d’un 3ème mandat à travers son obstination à imposer une nouvelle Constitution. Lui-même, ses différents collaborateurs et tous ses experts avaient juré la main sur le cœur et devant l’opinion nationale et internationale, qu’aux termes de la nouvelle Constitution Alassane Ouattara n’était pas éligible pour un 3ème mandat. Pourquoi le Conseil Constitutionnel feint-il d’ignorer ses avis et d’y fonder sa décision ?

Ensuite, il y a la liste des candidats retenus. 4 sur les 44 qui avaient déposé un dossier. Une liste que j’ai eu l’occasion de qualifier de partiale et partielle. Je figure sur cette liste aux côtés d’Henri Konan Bédié et de KKB. J’y figure certainement parce qu’il a eu du scrupule de rayer les noms des candidats des deux grands partis de l’opposition, le FPI et le PDCI-RDA. Il parait que le chef de l’Etat a hésité à le faire, avant de reculer !

Il n’a pas eu les mêmes scrupules avec d’autres personnalités, pourtant pleinement légitimes, présidents de partis, représentants de courants de pensée. Je pense à Guillaume Soro, Mamadou Koulibaly, Albert Toikeusse Mabri, Gnamien Konan, Marcel Amon Tanoh. Ils sont victimes de calculs, de basses manœuvres électoralistes, aux seules fins d’assurer à Alassane Ouattara ce « un coup KO » qu’il s’est auto prédit le 31 octobre 2020.

Parmi les grands absents, il y a en particulier le président Laurent Gbagbo une figure tutélaire de notre vie publique. Il aurait évidemment dû être en position de se présenter. Je l’aurais alors accompagné dans ce choix, je m’y étais engagé. Cette dernière épreuve, la radiation de son nom de la liste électorale de son pays, le refus de le laisser rentrer chez lui alors que le droit et la morale sont de son côté, constituent des tâches indélébiles au passif de ce régime.

Cette mascarade s’est enfin illustrée dans le calendrier de publication des candidats. Deux jours d’avance, qui traduisaient une évidente précipitation. Il n’a pas fallu attendre très longtemps pour avoir l’explication. Il y avait le feu pour les disciples zélés du régime aux abois de Monsieur Ouattara : il s’agissait de court circuiter la décision de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ordonnant à l’Etat de lever tous les obstacles empêchant Guillaume Soro d’être candidat.

Lundi dernier, les masques sont donc tombés et avec eux, le bénéfice du doute que l’on se doit toujours d’accorder, jusqu’au point de non-retour.

Mais si Alassane Ouattara veut réussir un hold up électoral, il doit d’abord franchir l’obstacle de la Commission Electorale Indépendante (CEI). Il sait qu’il lui doit « sa victoire » en 2010-2011. Il est conscient que sans la complicité de la CEI, il est perdant et perdu. Depuis qu’il est au pouvoir, il se débat comme un beau diable pour maintenir sous sa coupe cette institution que pourtant tous les démocrates en Côte d’Ivoire, en Afrique et à travers le monde voudraient voir indépendante et impartiale pour organiser des élections justes, transparentes et apaisées, et consolider la démocratie.

Alassane Ouattara est sourd aux interpellations de la classe politique, des organisations de la société civile et des organismes internationaux de promotion de la démocratie. Il défie les arrêts successifs de la CADHP, qui lui enjoignent de mettre en place une CEI consensuelle, équilibrée et impartiale tant au niveau central qu’au niveau des commissions locales.

Ces dernières qui étaient présidées à 97% par le RHDP en septembre 2019, le sont désormais à 100% depuis la semaine dernière à l’occasion d’un renouvellement opéré au mépris de l’arrêt de la CADHP et sans la participation de l’opposition.

Au total, les deux institutions chargées de l’organisation de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire sont prises en otage par Alassane Ouattara et le RHDP, à l’image de tout le pays qui suffoque sous la dictature du Chef de l’Etat et son régime.

À cause de la dictature d’Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont depuis dix (10) ans prisonniers errants en Europe, condamnés par contumace.

À cause de la dictature d’Alassane Ouattara, Soro Guillaume est contraint à l’exil, radié des listes électorales, condamné à vingt ans de prison, ses principaux collaborateurs dont des députés jetés en prison.

À cause de la dictature, SORO Guillaume et Henri Konan BEDIE ses alliés d’hier, fondateurs avec lui du RHDP sont aujourd’hui ses ennemis jurés.

À cause de la dictature, Daniel Kablan Duncan, Amon-Tanoh Marcel, Mabri Toikeuse ont abandonné Alassane Ouattara.

À cause de la dictature, le RDR de DJENI Kobenan et d’Henriette DAGRI Diabaté est mort. Ses cadres ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes dans un parti politique que l’opinion qualifie de ‘’Restaurant’’.

À cause de la dictature d’Alassane Ouattara, je souscris entièrement et totalement à la désobéissance civile prônée par le président Henri Konan Bédié et l’ensemble des forces politiques et sociales ivoiriennes.

Au nom du FPI, je lance un message à tous nos militantes, à tous nos militants et sympathisants, à toutes les Ivoiriennes et à tous les Ivoiriens épris de paix, de liberté et de démocratie, de se tenir prêts pour traduire en actes concrets les mots d’ordre qui seront adressés dans les prochains jours.

Alassane Ouattara nous invite à la mobilisation et nous contraint à la lutte pour libérer notre pays de la dictature.

Avec la refonte du Conseil Constitutionnel, la mise en place d’une Commission Electorale réellement indépendante, forte d’une représentation équilibrée des différentes forces politiques, constitue pour moi le préalable à la tenue de l’élection présidentielle.

Alors, mon combat, aujourd’hui, est clair. Il s’inscrit, je le redis, dans cette dynamique d’union de l’opposition que j’appelais de mes vœux le 25 août.

Ma candidature s’inscrit dans une dynamique de paix et de réconciliation. Je suis déterminé. Je suis prêt à gagner. Je suis prêt à gouverner. Je suis prêt à mettre fin aux drames que vit la Côte d’Ivoire. Je suis prêt à imposer dans les urnes cette alternance dont la Côte d’Ivoire a besoin après trente années de souffrances. Et pour cela évidemment, il faut un processus électoral fiable.

Je ne serai pas le candidat d’un scrutin tronqué, un candidat factice, l’accompagnateur d’un résultat pré déterminé qui me priverait de ma victoire et de l’immense espoir qu’elle constituera.

En d’autres termes, bien évidemment pour moi, candidat à l’élection présidentielle, il n’est pas concevable de cautionner, de quelque manière que ce soit, un processus électoral qui serait par avance truqué et dont le résultat serait « calé, bouclé, géré ».

Cette démarche d’ouverture et de dialogue pour éviter la crise est la mienne depuis de longs mois. Je suis l’héritier politique du « asseyons-nous et discutons ». Mais on ne peut pas être le seul à vouloir discuter. Et c’est notre tir groupé à nous, toute l’opposition qui renforce la démarche. La discussion ne peut être non plus une fin en soi. C’est le préalable à l’action. Si l’on est tous ensemble assis pour discuter et agir, alors on va y arriver.

On va y arriver parce que la donne a changé. Alassane Ouattara est désormais un homme seul, lâché par ses alliés internationaux d’hier, qui ont pris la mesure de l’imposture. Il est allé quêter à Paris un soutien qui lui a été refusé. Il est auprès de ses pairs africains un leader dévalorisé.

Ici à Abidjan, le haut représentant de l’Union Européenne a proclamé dans un communiqué la nécessité d’assurer un scrutin crédible aux résultats acceptés par tous.

Alassane Ouattara est en réalité retranché dans sa tour d’ivoire avec un pré carré de fidèles dont le seul souci est de pouvoir poursuivre l’œuvre de prédation à laquelle son régime se livre depuis neuf ans.

Au fond de lui-même, il ne peut pas ignorer que cet entourage ne lui rend pas service, que ces conseillers de l’ombre le conduisent droit dans le mur.

Je crois en un ultime sursaut de lucidité par la force de notre mobilisation collective. Celle-ci sera totale, sans état d’âme, à la mesure de l’enjeu qui nous rassemble : préserver la paix et défendre la démocratie.

Merci de votre attention.

Je suis maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

Pascal Affi N’Guessan, 22 septembre 2020.

lebabi

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